Katalin KÉRI
Elle est née en 1966. Après avoir été professeure de l’histoire et de russe dans le secondaire (1989), elle enseigne l’histoire de l’éducation dans l’Université de Pécs, en Hongrie. Elle est la directrice-adjointe de l’Institution de la Pédagogie. Docteur en l’histoire depuis 1993. Elle est l’auteur – entre autres ouvrages – de Qu’est que ce l’histoire de l’éducation? (1997), L’homme universel (1995), Les portes du savoir (1995).
János Apáczai Csere

(Premiers pédagogues: de l’Antiquité à la Renaissance,
Dir.: Houssaye, Jean; Ed.: ESF, Issy-les-Moulineaux, Paris, 2002, 346-365. o.)


© 2002 Katalin Kéri, Institut de Pédagogie, Université de Pécs, Hongrie


BIOGRAPHIE

      C’est de Apáca, petit village de la Transylvanie du XVIIe siècle, des rives de la rivière Olt que partit le jeune János Apáczai Csere qui parcourut l’Europe et qui devint un des penseurs hongrois les plus importants de son siècle, malgré sa courte vie (1625-1659). Son père le fit instruire avec ses deux frères, ce qui prouve que la famille était assez aisée. Il fit ses études primaires à l’école calviniste du village où il acquit aussi les bases de sa connaissance de langue latine.

      Puis il poursuivit ses études au collège protestant de Kolozsvár (Cluj). Cette école était située dans un bâtiment étroit d’une maison privée, et la méthode de l’enseignement maintint son esprit dans d’étroites limites (catéchisation, répétition permanente). Dans ce collège, les connaissances sur le monde n’étaient pratiquement jamais enseignées. Le système scolastique rigide ne favorisait pas l’expression libre des opinions, la mentalité créative; en revanche il élevait les enfants dans l’assiduité, a la tolérance et a la docilité, qualités que Apáczai mettra à profit plus tard dans sa vie.

      À Kolozsvár il fut fortement influencé par un professeur, András Porcsalmi, à la conception encyclopédique (il avait été le disciple d’Alstedt) C’est lui qui reconnut le premier le talent du garçon et l’encouragea à tenter de connaître le monde dans sa totalité. C’est là que Apáczai rencontra, pour la premièere fois les idéaux du puritanisme qui marquèrent aussisingulièrement sa mentalité.

      Plus tard, il s’inscrivit au collège de Gyulafehérvár (aujourd’hui Alba Iulia, Roumanie). Cette école du siège du prince, ville d’une culture considérable, eut une importance extraordinaire dans l’histoire de l’éducation en Transylvanie et en Hongrie. C’est là qu’enseignèrent des professeurs érudits éminents (Alstedt, Bisterfeld et Piscator) arrivés en Transylvanie de Heernborn après la destruction de l’école de cette ville. Bisterfeld fut le professeur de théologie d’Apáczai. Le jeune garçon fut de nouveau imprégné par l’acquisition des connaissances encyclopédiques intégrant l’amour des sciences (dont les sciences naturelles), tout enapprofondissant sa conviction puritaine.

      Quand Apáczai eut fini ses études de philosophie et de théologie à Gyulafehérvár, il fut pressenti comme recteur de l’école de Marosvásárhely, en récompense de ses connaissances et de son talent. Mais il refusa cette fonction, car l’évêque István Geleji Katona l’envoya effectuer un voyage d’études à l’étranger.

      Plusieurs centaines d’étudiants de Transylvanie fréquentaient alors les universités de l’Europe occidentale, les établissements hollandais et belges en premier lieu. Les étudiants hongrois eurent une grande influence, leurs connaissances de latin dépassant de loin la maîtrise de la langue de des étudiants venus d’autres pays. Apáczai séjurna également en Hollande et en Belgique. Il fut frappé par la culture et le bien-être des bourgeois en hollandais; c’est là qu’ilapprécia les effets bienfaisants de la religion calviniste et la liberté de penser. Dans les universités, c’est le grand choix des sciences qui le marqua: il avait la possibilité de tout étudier, de l’astronomie aux langues orientales. Pendant ce temps passé dans les universités de Franeker, de Leyden, d’Utrecht et de Harderwijk (1648-1653), le jeune étudiant fit connaissance avec les théories de Descartes ainsi qu’avec les conceptions et les résultats des recherches de nombreux autres savants éminents. Bien que l’enseignement des conceptions cartésiennes ait été interdit dans les universités contemporaines néerlandaises, la jeunesse était enfiévrée par la philosophie de Descartes. Apáczai devint penseur cartésien à Utrecht. Ses idées puritaines aussi se confirmèrent aussi en Hollande et devinrent la base de sa façon de penser.

      Partout, en Europe, les puritains tenaient pour capitales la piété de l’âme et le recueillement religieux interne, en s’élevant contre les disputes trop longues et les raisonnements philosophico-théologiques sans fin. Amesius, personnalité de premier plan des puritains anglais, réfugié en Hollande, influença fortement Apáczai. S Cette influence n’était probablement pas étrangère au fait que les étudiants transylvains à Utrecht suivaient avec attention les événements anglais et connaissaient même les œuvres politiques et théologiques les plus récentes au milieu du XVIIe siècle. Apáczai prônait une organisation démocratique ecclésiale dès ses premiers ouvrages. Il insistait sur l’importance des études de langue pour étudier les Saintes Écritures. En dehors de l’hébraïque et du grec ancien, il trouvait nécessaire aussi d’étudier la langue arabe.

      En 1651 il obtint le titre de docteur a l’université de Harderwijk avec une thèse intitulée «De primi hominis apostasia» traitant la faute de nos premiers parents. Il fut le premier des docteurs de cette «jeune» université fondée en 1648.

      En ce qui concerne sa vie privée, János Apáczai Csere a choisit pour femme Aletta, fille de la bonne famille van der Maet, à Utrecht. Elle la suivit en Transylvanie, comme ces femmes ouest-européennes qui avaient épousé des voyageurs hongrois. En 1652, Apáczai est rappelé en Transylvanie, il y retourne au printemps de 1653 avec sa femme et son enfant.

      Dès son séjour à l’étranger, il commença a composer l’ouvrage principal de sa vie, l’Encyclopédie hongroise. Il était poussé par les impressions de sa vie d’étudiant, l’éthique puritaine et l’esprit du cartésianisme à composer un recueil scientifique informant les lecteurs hongrois des connaissances de l’époque. Il renta en Transylvanie avec cette encyclopédie éditée à Utrecht, et il obtint un poste dans son ancienne école, le collège de Gyulafehérvár. Conformément à la coutume de l’époque, il exposa ses idées concernant les sciences dans son discours inaugural devant ses collègues professeurs et ses éleves futurs élèves Il examina les causes du manque de culture du pays dans son discours intitulé De studio sapientiae (De l’étude de la sagesse). Il dirigeait la classe poétique du collège et enseignait aussi le grec, l’hébraïque, la logique et la rhétorique dans les clases supérieures. C’st à ce moment que plusieurs de ses œuvres furent imprimées: La petite logique hongroise et Les Conseils du maître Fortiussous forme de dialogues (1654).

      1655 fut une année très difficile pour János Apáczai Csere. Après la mort de Bisterfeld ce n’est pas lui qui obtint la chaire de son ancien professeur mais Isac Basirius, venu d’Angleterre à la cour du prince de Transylvanie. Le prince, György Rákóczi II, ne continua pas la politique de son prédécesseur, Gábor Bethlen. L’économie florissante de Transylvanie déclinait sous le règne de Rákóczi. Sa politique extérieure était dirigée par des intérêts dynastiques. Pendant sa principauté les positions des gentilshommes transylvains se renforcèrent, le régime des Ordres était de nouveau au premier plan.

      L’Etat et l’Eglise n’étaient pas séparés; le pouvoir du prince provenait de Dieu, c’est pourquoi son peuple devait l’appuyer sans réserve. Basirius partageait cette opinion, mais Apáczai pensait autrement: il proposait une structure ecclésiastique d’esprit nouveau. Il eut une dispute publique avec Basirius, ancien chapelin du roi Charles Ier décapité qui refusait catégoriquement les doctrines modernes de Ramus et de Descartes. À la suite de cette dispute, Apáczai perdit son poste. Plusieurs érudits et Zsuzsanna Lorántffy, mère du prince, intervinrent en sa faveur auprès de György Rákóczi; c’est ainsi qu’il fut nommé directeur d’une des écoles de Kolozsvár. Cette ville où il avait également fait des études avant, l’accueillit chaleureusement. Plusieurs écoles célèbres fonctionnaient dans ce centre culturel prospère. Apáczai y enseigna la théologie, l’hébreu, le grec et la philosophie naturaliste; et les autres matières étaient enseignées par ses deux collègues.

      C’est en 1656 qu’il tint son discours inaugural à Kolozsvár, intitulé De summa scholarum necessitate (De l’extrême nécessité des écoles). Apáczai éduqua la jeunesse en travaillant méthodiquement dans cette école secondaire de Kolozsvár. Il était loué partout pour ses résultats. Cependant son travail d’enseignant et d’organisateur d’école – tout comme sa carrière scientifique – furent brisés par sa mort précoce en 1659. C’est ainsi que disparut l’un des premiers personnages les plus importants de la mentalité pédagogique hongroise, un véritable penseur européen.


ASPECTS MAJEURS

Son œuvre principale: L’Encyclopédie hongroise

      L’œuvre principale de Apáczai parut en 1655 à Utrecht (avec la date 1653). Il y synthétisa les résultats des sciences de son époque dans sa langue maternelle, en hongrois. Écrivant cette œuvre importante même au point de vue de la mise au point des sciences et de la pédagogie, son objectif était de donner un manuel scientifique en hongrois à la jeunesse transylvaine pour que les étudiants cultivés, dépassant les études élémentaires, ne renoncent pas à l’acquisition des connaissances à cause de difficultés de langue (texte 1).

      C’est qu’ à cette époque les écrits savants dans la langue maternelle manquaient en Transylvanie; ce livre y suppléa du point de vue de l’instruction, de l’enseignement. Ce grand enseignant et érudit a ainsi transmis les résultats culturels et scientifiques de l’Europe aux lecteurs transylvains, en propageant la philosophie de Descartes et l’éthique puritaine. La présentation des résultats des sciences naturelles est au tout premier plan du livre, mais, en dehors de l’astronomie, de l’arithmétique, de la géométrie, de la physique, de la médecine, de la botanique et d’autres sciences, la présentation des résultats de la logique, de la théologie, de l’histoire, de l’éthique, de la pédagogie, de la théorie de la politique et de la philosophie trouve aussi sa place. Le propos scientifique des auteurs éminents de l’époque figure dans l’œuvre: János Apáczai Csere donne des traductions et des extraits des œuvres de Ramus, de Regius, de Scribonius, d’Amesius et d’Alstedius, en plus de celles de Descartes. Les textesne sont donc pas de lui-même; en revanche, la structure et le système conceptuel de l’Encyclopédie sont sa création originale.

      Le jeune homme, arrivé de Transylvanie en Europe occidentale, retourna dans son paysmuni de connaissances scientifiques, reprises dans cette vaste encyclopédie, mais il n’eut pas l’occasion de l’utiliser pendant ses cours à l’école en raison du conflit avec le prince, que nous avons mentionné plus haut.

Les autres ouvrages

      Les idées pédagogiques de Apáczai sont accessibles principalement grâce à ses discours inauguraux prononcés à Gyulafehérvár et à Kolozsvár. Son propos intitulé De studio sapientiae prononcé en 1653 parut aussi à Utrecht; ainsi le public instruit de l’Europe occidentale put-il en avoir connassance. L’auteur y donna un aperçu de l’histoire de la diffusion des connaissances scientifiques et exposa l’importance de l’étude des langues (grecque, latine, hébraïque, arabe). Il essaya d’expliquer, en se fondant sur des bases scientifiques, les causes du retard culturel des Hongrois et les possibilités d’y remédier. Il exprima l’importance de la culture encyclopédique. Il élabora le classement des choses «qu’il était nécessaire de savoir» et des sciences qui y étaient reliées, regroupant les sciences reliées aux choses atteintes par la langue et les sciences portant sur la langue elle-même. Au sein du groupe, il fit la différence entre les connaissances relatives à la nature et celles relatives à la grâce (sciences naturelles et celles humaines) (texte 2). Pour lui, l’histoire est la réalisation progressive de la sagesse. D’après lui, la révolution de la pensée de l’âge moderne s’effectua par Descartes. Il reconnut ainsi l’importance de ce philosophe français dans l’histoire de la réflexion.

      Apáczai pensait que le lieu principal où on puisait la sagesse était l’école; à son avis, on pouvait éduquer des personnes instruites dans leur langue maternelle, en mettant au premier plan les sciences naturelles. Il éclaircit donc les rapports des sciences, conformément à la théorie cartésienne de la science, et le fait essentiel pour la pédagogique et de pour la philosophie des sciences, à savoir que chaque science aidait à la compréhension des autres.

      Quand, en 1656, Apáczai a prononça son discours inaugural intitulé De Summa scholarum necessitate à l’école de Kolozsvár, son deuxièeme lieu de travail, il parla également des conditions culturelles en Transylvanie (text 3). Dans ce chef-d’œuvre réthorique à la structure logique forte, constitué par cinq parties principales sur le modèle des oraisons antiques, Apáczai critique nettement ses contemporains qui empêchaient l’évolution des nouvelles tendances sociales et spirituelles et qui s’accrochaient obstinément au passé. Dans ce discours, la critique de la société est centrale; il était visiblement exaspéré en constatant le retard de son pays. Il tenait tout le monde en Transylvanie responsable du triste état de la culture: le prince, les nobles, le clergé, les serfs et même les instituteur.

      La culture ne renvoie pas simplement à un ensemble de connaissances dans son interprétation, mais à une attitude, un comportement, une sagesse qui déterminent la façon de penser mais aussi la morale pratique. L’école selon Apáczai a un rôle très important dans la formation et la croissance de tous ces aspects.

      Dans ce discours, il esquissa le plan de la mise en place d’un système d’enseignement global; un point essentiel se trouvait dans l’essai sur l’enseignement des adultes. À l’époque d’Apáczai l’université n’existait pas en Transylvanie et, sur le territoire de la Hongrie, ne fonctionnait que l’université des jésuites à Nagyszombat. Par conséquent les élèves protestants qui finissaient leurs études secondaires avec des résultats excellents étaient contraints de partir pour d’autres pays de l’Europe afin de continuer leurs études. En s’appuyant sur les idées de Platon, Apáczai exposa que les dirigeants de l’Etat ne pouvaient être que les hommes instruits et croyants ayant achevé leurs études aux académies (il nomma ainsi les universités). Il prit aussi des exemples de son époque sur ce sujet: il saluait les résultats de l’Etat modèle hollandais qu’il connaissait bien lui-même et dont il savait ce que ce pays de l’Europe occidentale devait au développement de l’enseignement, et surtout des établissements scolaires supérieurs.

      Apáczai reconnut et formula l’idée selon laquelle les pays, pour s’intégrer à égalité avec les autres, avaient indispensablement besoin de connaître et de cultiver les sciences, d’élever le niveau de la culture, car ces aspects se révélaient plus importantes que la situation géographique ou la politique militaire.

      En 1658, Apáczai élabora le plan détaillé de l’établissement de l’académie et il le présenta au prince transylvain, Ákos Barcsai. Pour lui,l’argent que les professeurs hongrois et étrangers du collège de Gyulafehérvár recevaient aurait suffi pour entretenir 11 professeurs et 100 étudiants environ. Dans ce projet d’Apáczai, il fallait veiller à affecter les postes en y nommant les professeurs conformément à leurs mérites scientifiques. Il aborda alors une question sociale importante en écrivant que l’organisation de l’académie ne vaudrait la peine qu’au cas où les étudiants ayant fini leurs études recevraient la qualité de nobles.

      Sur le modèle de l’université de Leyde, Apáczai proposa au prince d’établir, en plus de l’université, une imprimerie, un jardin botanique et une bibliothèque. L’université de Leyde, en Hollande (Descartes et d’autres savants y séjournèrent), était devenue le centre scientifique européen le plus brillant de l’époque grâce à son jardin botanique – créé par le français L’Écluse – à son observatoire et à ses laboratoires anatomique et physique.

      La réalisation du plan d’académie de Apáczai se révéla impossible, en raison des conditions historiques défavorables et du changement de prince en 1659.

Apáczai, le penseur cartésien

      Pour ce qui est de la philosophie transylvaine des XVIe et XVIIe siècles, on constater que les idées progressistes se présentaient dans le cadre religieux, accompagnées d’explications métaphysiques. À cette époque-là, la science et la philosophie étaient inséparables de la religion, de la théologie. Apáczai pensait de même, car il avait appris cela à l’école en Transylvanie ainsi que dans les universités de l’Europe occidentale.

      Ce n’était pas un penseur original; il ne créa pas son propre système philosophique, mais il synthétisa les courants scientifiques principaux de son époque. C’est bien la méthode inductive de la connaissance pratique de la réalité telle qu’elle est mise en évidence dans ses œuvres qui doit être considérée comme leur élément le plus important. D’après un des analystes de son œuvre, Apáczai pensait que la philosophie est l’étude de la sagesse. La sagesse est la science de toutes les choses. La science est la connaissance des causes premières des choses (causae primae), les causes premières sont les principes fondamentaux (principia) et, si nous les observons et appliquons comme il faut, nous découvrons des vérités inconnues.

      Apáczai les présenta dans son œuvre intitulée Philosophia naturalis prévue pour compléter l’Encyclopédie. Dans ce livre il est clair qu’il se fondait sur des bases cartésiennes; il avait lu dans le texte les œuvres du penseur français marquant, il assimila et utilisa ses idées. Les manières de voir des deux savants coïncident dans cette conviction: les vérités de la foi et de la science different; les unes se fondent sur la révélation, les autres sur la raison.

      Cette conception dualiste des cartésiens était typique du XVIIe siècle. Ils voulaient mener à bonne fin la recherche des vérités scientifiques, à la gloire du créateur de la nature et pour le bien de l’humanité. Les ppuritains Voyaient la justification de leur conceptionreligieuse du monde dans la philosophie de la nature; on trouvait de nombreux naturalistes parmi eux. L’éthique puritaine se donnait comme la « philosophie pratique» de la liberté de l’âme; les puritains se présentaient comme les promoteurs significatifs du développement de la société bourgeoise par leur assiduité et leur travail effectué avec cette conscience constante de sa signification morale (texte 4). En revanche, une telle conception transmise par Apáczai ne pouvait s’enraciner en Transylvanie du XVIIe siècle.

Apáczai, l’enseignant

      Entraînée par l’évolution de la mentalité puritaine et cartésienne du XVIIe siècle et par les nouveaux résultats des sciences naturelles, la conception de la pédagogie changea significativement. Les penseurs de l’époque (Comenius, Ratke, Apáczai, etc.) centrés sur la connaissance de la nature, voulaient rendre les connaissances publiques accessibles à tout le monde. Mais pour cela il fallait élaborer des réformes pédagogiques, scolaires. Il était nécessaire de renouveler la structure des écoles, d’introduire de nouveaux cursus élargis, de vivre les études dans la langue maternelle, de les fonder sur l’observation et les expériences individuelles, plus efficace que les méthodes scolastiques. En fait, une grande partie des principaux réformateurs de la pédagogie naquit dans des pays en retard sur le plan du développement de la bourgeoisie.

      Selon un spécialiste d’Apáczai, la question principale de l’univers intellectuel et de l’activité pratique de notre enseignant et savant transylvain est bien l’école et cet optimisme pédagogique qui émane de toute son attitude. János Apáczai Csere voulait donc réaliser tous ses projets par l’intermédiaire de l’école, et il croyait à la force toute-puissante de l’éducation. Il connaissait les tendances pédagogiques de ses prédécesseurs hongrois (notament par rapport à l’extension de l’enseignement dans la langue maternelle) et il disposait de nombreuses expériences concernant les tendances des autres pays en Europe. Son mérite pédagogique fut le suivant: il n’essayait pas d’aider à faire évoluer l ’instruction scolaire en Transylvanie seulement avec ses manuels, mais aussi avec ses projets de réforme englobant tout le système scolaire. Sa conviction était que la propagation du savoir, le développement de l’éducation et des écoles, devaient être considérés comme les seuls moyens appropriés au développement et à l’enrichissement du peuple hongrois, et qu’ils le garants de l’ascension de la Transylvanie parmi les nations européennes.

      Le but, le rêve d’Apáczai était de promouvoir l’éducation de citoyens vertueux et très instruits, sur la base d’une culture encyclopédique. Dans son livre «Conseil», écrit en s’appuyant sur les idées de l’auteur néerlandais Joachim Fortius, il avança qu’il fallait trois choses pour le progrès dans les sciences: la préparation morale, le choix du bon chemin (méthode) et les connaissances scientifiques en tant que telles (contenu convenable). À son avis, le plus important était de viser «le but le plus haut», car c’est ce qui nous incite à étudier (texte 5). Ce savant transylvain traduisit en hongrois les pensées du stoïcien Fortius dans l’esprit de l’éthique puritaine, en disant que jusqu’au bout l’homme doit tout sacrifier à l’acquisition des valeurs spirituelles, car c’est la seule valeur qui soit impérissable dans le monde.

      Bien que Apáczai n’ait créé de didactique systématique, de guide méthodologique rédigé d’un bout à l’autre – puisqu’il s’occupa de beaucoup de choses pendant sa vie courte vie –, un grand nombre de ses conceptions didactiques peuvent être déduites de ses différents ouvrages. Figurent dans plusieurs endroits de ses œuvres l’insistance mise sur l’importance de la démonstration, la nécessité de l’explication claire et concise du professeur, la mise en évidence de l’instruction par soi-même, l’évocation du principe du pragmatisme. Il considérait comme un but important à atteindre en tout premier lieu la reconnaissance par les élèves des rapports entre les systèmes et la capacité de réfléchir de façon autonome.

      Comme Érasme, Vives et Comenius, Apáczai était le partisan de la pédagogie de la douceur, de l’amour. Il se pencha précisément sur le rapport du professeur et de l’élève dans plusieurs de ses œuvres, et il pressentit dans l’Encyclopédie hongroise la manière dont le professeur devait être. Pour lui, il était très important que celui qui entreprend d’éduquer autrui soit un professeur bien préparé au point sur les plansde la morale, de la pédagogie et du métier. Il souligna l’importance de l’ambiance affectueuse et de la conduite exemplaire (texte 6).


DEBAT CRITIQUE

      János Apáczai Csere a été considéré comme idéal par chaque penseur pédagogique et chaque réformateur de Hongrie au cours des siècles passés et il le reste de nos jours. En Transylvanie, ses disciples directs avaient propagé, déjà de son vivant ses idées pédagogiques et scientifiques, sa pratique d’enseignant et son attitude morale. Ses pensées scientifiques eurent aussi avait un effet encourageant sur des générations de médecins et sur bien d’autres savants, comme Ferenc Páriz Pápai, médecin renommé et lexicographe transylvain de la deuxième moitié du XVIIe siècle. Des passages de l’Encyclopédie hongroise et les termes techniques des sciences utilisés dans ce livre furent intégrés dans les œuvres de plusieurs auteurs au cours des siècles. Ce livre a été considéré comme un trésor important et protégé tant dans les collèges transylvains que par des personnes privées. Selon un des biographes de Apáczai, Imre Bán, l’œuvre rendit le service que son auteur en attendait: elle éduqua des milliers de Hongrois qui s’intéressèrent aux sciences. L’héritage spirituel de Apáczai peut être reconnu même au XVIIIe siècle. Un de ses héritiers tardifs vivant de cettepériode fut le grand éducateur de la nation en Transylvanie, Péter Bod: il écrivit, dans son œuvre intitulée Athenas hongrois, que si Apáczai avait vécu plus longtemps, les sciences aussi se seraient considérablement développées, car cet érudit transylvain n’a eu d’égal nulle part pour son enseignement. Pourtant, Apáczai commença à être oublié vers la fin du XVIIIe siècle; ses ouvrages ne furent plus utilisés par les rénovateurs de la langue en Hongrie, et plusieurs ne les connaissaient même pas. Cette situation a bien changé grâce à une nouvelle édition de l’Encyclopédie hongroise en 1803. Apáczai fut redécouvert par les scientifiques et les pédagogues hongrois; il redevint la référence des politiciens intéressés par la construction du système scolaire et des réformateurs de l’enseignement qui mirent l’accent sur l’activité des enfants, sur l’acquisition autonome des connaissances et des expériences et sur l’étude liée à la vie, au début du XXe siècle. Les représentants des différents courants d’idées et des branches de la science jugeaient Apáczai de manière différente selon les aspects, mais tous s’accordaient à dire qu’il avait été une des figures éminentes précoces de l’histoire de la pensée en Hongrie, qu’il connaissait bien son pays que l’Europe.

      Son personnage et ses œuvres constituèrenttoujours un des points d’appui les plus importants des intellectuels hongrois de Transylvanie pour ce qui est de leur histoire, leurs traditions, leur langue et de leur identité nationale. Même les historiens marxistes considérèrent János Apáczai Csere comme un penseur significatif et le pionnier de la pédagogie bourgeoise en Hongrie – bien qu’ils aient critiqué sa conviction religieuse. Sa personnalité a été reprise dans les œuvres littéraires, les poèmes, les romans et les drames hongrois.

      Sa vie est un guide pour tous les Hongrois, ses œuvres sont les trésors de l’histoire de la pédagogie et de la culture hongroises et universelles. János Apáczai Csere fut un érudit vraiment européen qui considérait le sort de son pays comme inséparable de l’avenir de son continent. Il fut un trait d’union entre le peuple hongrois et les autres nations de l’Europe. Ce fut un homme qui avait beaucoup voyagé et qui possédait une culture encyclopédique dont les idées philosophiques et pédagogiques, universelles, représentent une valeur qui a traversé les siècles


BIBLIOGRAPHIE

  • Apáczai Csere János: Magyar Encyclopaedia (Szépirodalmi Könyvkiadó, Budapest, 1959.)
  • Apáczai Csere János: Válogatott pedagógiai mûvei (Szerk.: Orosz Lajos, Tankönyvkiadó, Budapest, 1976.)
  • Apáczai Csere János: De l’extrême nécessité des écoles et des causes de leur état lamentable chez les Hongrois (extraits). In Morceaux choisis de la littérature hongroise des origines au milieu du XVIIIe siècle. Ed.: Tibor Klaniczay. Corvina, Budapest, 1981. pp 188-190.
      Études:
  • Bán Imre: Apáczai Csere János (MTA-Irodalomtörténeti Intézete, Budapest, 1958.)
  • Fábián Ernõ: Apáczai Csere János (Dacia Kiadó, Kolozsvár-Napoca, 1975.)
  • Gyulai Farkas: Apáczai Csere János életrajzához és mûveinek bibliográfiájához. (Kolozsvár, 1892.)


EXTRAITS DE TEXTES

Texte 1.

(Son œuvre principale: L’Encyclopédie hongroise)

      «...Mon principal motif était (en écrivant l’Encyclopédie hongroise) d’aider de mon possible ma nation qui manquait de livres scientifiques écrits en langue hongroise et de mettre dans les mains des jeunes Hongrois un livre dans lequel ils puissent lire toutes les sciences belles et utiles dans leur langue maternelle. J’ai tout à fait évité les vaines disputes. J’ai copié les choses nécessaires et utiles à savoir dans les meilleurs livres, je les ai mises dans l’ordre qu’il fallait et je les ai fait connaître aux fils de mon pays... »

(Apáczai Csere János: Magyar Encyclopaedia,
Szépirodalmi Könyvkiadó, Budapest, 1959. p. 43.)


      «(...) de même qu’il est sans doute vrai que le malheureux peuple chez qui les sciences ne pénètrent que par l’intermédiaire d’une langue étrangère s’élève tard à la perfection de la science ou plutôt ne s’y élève jamais, il est en revanche aussi certain qu’il est beaucoup plus facile de devenir savants à ceux qui n’ont pas besoin d’étudier des langues étrangères pour apprendre les sciences.»

(Apáczai Csere János: Magyar Encyclopaedia,
Szépirodalmi Könyvkiadó, Budapest, 1959. p. 39.)


      «Je voulais avant tout que les jeunes hommes incultes lisent et apprennent en hongrois les choses passées enregistrées dans l’Écritures et dans les autres livres profanes, et après je les aurais aidés par mes questions et leur aurais montré quel bénéfice ils pouvaient en tirer dans leur vie d’homme. En les faisant s’exercer ainsi tous ensemble, si je m’apercevais qu’ils s’étaient passablement avancés dans l’étude, je mettrais ce livre, cette Encyclopédie hongroise devant eux et je le leur ferais lire non dans l’ordre que j’ai suivi en l’écrivant, mais je leur proposant d’en étudier une des parties plus faciles: par exemple la description de la terre, en tenant devant les yeux un globe ou une mappemonde sur lesquels la terre était décrite. ...Après, je leur ferais connaître les choses de la nature comme par example les animaux vivants, les herbes, l’exploitation des mines, etc. Puis je leur apprendrais les choses concernant le comportement de l’homme, l’économie, l’administration des villes... Et à la fin, je leur apprendrais l’arithmétique, l’arpentage, l’étude de la nature et toutes les autres sciences qui restent.

      (...) Et après avoir vu que mes élèves en ont pris connaissance quelque peu, en sachant bien comme il faut savoir beaucoup pour qu’ils ne soient pas seulement de petits savants mais de vrai savants, je les amènerais à apprendre des langues étrangères grâce auxquelles, comme par des canaux, les sciences s’infiltreront en eux. La première sera la langue grecque, elle mérite d’être apprise avant les autres pour des raisons importantes. C’est pourquoi j’apporterai toute mon attention à ce que mes élèves sachent lire et écrire en grec et qu’ils comprennent les racines.(...) Je mettrai devant eux quelques morceaux plus joliment écrits du Nouveau testament où se trouvent des histoires ou les choses de la foi, comme par exemple l’Évangile de saint Luc, les Actes des Apôtres, les Lettres de saint Paul envoyées aux Romains et aux Éphésiens. Je les ferais écrire aux élèves de la manière suivante: commançant par l’Évangile, je leur ordonnerai d’en écrire six ou sept versets, je les lirai à haute et distincte voix en leur présence et les traduirai en hongrois, puis, une heure ou deux heures après, je leur ferai traduire les mêmes versets en hongrois, et un peu de temps après, après avoir caché le texte grec de devant leurs yeux, je les leur ferai traduire de nouveau en grec. Je continuerai l’exercice comme cela jusqu’à la fin des extraits mentionnés. Car celui qui comprend quelque chose mais ne sait pas l’expliquer ne diffère guère de l’image muette, et même certains oiseaux peuvent parler sans raison. Ensuite, pour que mes élèves puissent se procurer une plus grande perfection dans cette langue, j’apporterai grand soin à ce qu’ils fassent connaissance les ouvrages d’Hésiode, d’Homère, de Démosthène et d’Isocrate. Je leur ferai lire les morceaux choisis copiés par Grotius dans les œuvres ... des anciens Grecs. Finalement je les introduirai dans les secrets plus profonds de la diction grecque et souhaiterai qu’ils écrivent des lettres, des poèmes, des discours châtiés pour manifester leur progrès.

      Cela fait, je les ferai passer à la langue latine et leur ferai lire et apprendre d’abord les écrits historiques de Sulpice Sévère, puis les lettres ou le livre célèbre écrit sur la fonction de l’homme et quelques-uns des discours de Cicéron; ainsi que les passages choisis de Virgile, d’Horace et d’Ovide.

      Mais mon but principal avec tout cela sera qu’ils apprennent avec les langues les sciences incluses dans les langues, et si j’en ai l’occasion, je démentirai en même temps les opinions erronées de certains écrivains. Après, j’enseignerai à mes élèves par-delà l’étude des langues grecque et latine, la langue des juifs. Je mettrai devant eux d’abord le livre de Moïse ou de Samuel, puis les prophéties d’Esaïe, les psaumes, les proverbes après, et le livre de Job le dernier. En dehors de ceux-ci, je ferai lire les lettres et les œuvres poétiques des rabbins. Mais je ne les laisserai pas partir de l’école juive avant qu’ils ne sachent si peu que ce soit des langues chaldaïque, syrienne et talmudique et qu’ils n’apprennent la langue arabe dans les livres les plus notables, le Coran de Mohamed, les histoires de Tamerlan; je les amenèrai à les lire et à les comprendre.

      Connaissant bien ces quatre langues, ils pourront bravement faire leurs adieux à l’école, parce que ce qui est bon dans les autres langues provient d’elles comme les ruisseaux de sources abondantes. Mais avant de les laisser partir, je leur déclarerai quels livres ils doivent lire en dehors des susmentionnés et de quelle manière.»

(Apáczai Csere János: Magyar Encyclopaedia,
Szépirodalmi Könyvkiadó, Budapest, 1959. p. 50.)

Questions:
  1. Qu’est-ce qui à motivé Apáczai à écrire l’Encyclopédie hongroise?
  2. De quels domaines des sciences s’occupe ce livre, et quel ordre Apáczai a-t-il proposé pour étudier les connaissances?
  3. Quelles langues a-t-il tenu nécessaire de Connaître?
  4. Quels ouvrages anciens et quelles étapes a-t-il conseillés pour cela?


Texte 2.

La systématisation des sciences

      «... les hommes les plus distingués, les meilleurs érudits dans leurs spécialités n’ont pas eu peur d’emprunter beaucoup de choses aux autres hommes de lettres... Car celui qui choisit de bons guides ne peut pas facilement quitter le juste chemin, à condition qu’il les suive avec une résolution constante. Le nourisson aussi, s’il s’asseoit sur les épaules d’un géant, pourra voir plus que le géant lui-même.»

(Apáczai Csere János: Válogatott pedagógiai mûvei,
Tankönyvkiadó, Budapest, 1976., p. 95.)


      «A/I. Les choses (déposées dans les langues):

           1./ Les attributs généraux de toutes les choses possibles: la logique.
           2./ La quantité des corps: les mathématiques
                a./ La quantité abstraite des corps: l’arithmétique
                b./ La quantité concrète des corps: la géométrie
           3./ Les parties de l’univers, le ciel et les étoiles: l’astronomie
           4./ Les corps terrestres:
                a./ Les corps purement naturels qui existent d’eux-mêmes: la physique
                b./ Les corps formés par les mains du maître: la mécanique.

      A/II. Les choses reconnues à la lumière de la grâce:

           1./ Les choses relatives au salut: la théologie
           2./ Les choses relatives à la vie sage: l’éthique
           3./ Les choses relatives à la vie domestique: l’économie
           4./ Les choses relatives à la vie civile: la politique et la jurisprudence.

      B. Les langues (surtout l’hébreu, le grec, le latin et l’arabe):

           1./ Les mots: l’étymologie
           2./ La parole simple: la syntaxe
           3./ La parole élaborée: la rhétorique.»

(Apáczai Csere János: Válogatott pedagógiai mûvei,
Tankönyvkiadó, Budapest, 1976., pp. 38-39.)


      «Comme cependant ni un homme, ni même un siècle ne se montraient capables d’élever à la perfection la sagesse philosophique, Dieu tout-puissant ne voulait pas que notre époque soit privée de la marque de sa bonté. C’est pourquoi il fit naître à cette époque tardive et vieille du monde – alors que les siècles précédents pourraient nous l’envier – René Descartes, l’innovateur de toute la philosophie, l’ornement et la parure uniques de notre siècle, l’homme noble et par sa naissance et sa famille et par sa culture et vertu. (...) Toutes les sciences permettent de comprendre les autres et on ne peut apprendre parfaitement aucune science sans la connaissance des autres.»

(Apáczai Csere János: Válogatott pedagógiai mûvei,
Tankönyvkiadó, Budapest, 1976., p. 145.)

Questions:
  1. Pourquoi Apáczai attachait-il une si grande importance à la connaissance encyclopédique, à l’étude approfondie des sciences?
  2. Sur quellesbases a-t-il systématisé les sciences?
  3. Sur qui s’est-il fondé en systématisant les sciences et pourquoi procède-t-il ainsi?


Texte 3.

La question scolaire

      «Il est donc temps que tu te réveilles, toi, peuple hongrois endormi, toi pris de vertige, toi aux yeux malades de la cataracte! Réveille-toi enfin de la léthargie, exhale de toi Bacchus à qui tu sacrifies tout le temps, dissipe l’obscurité de tes yeux par un baume. Regarde, contemple, étudie de quelle source provient la quantité innombrable de tes misères sous le poids desquelles tu es courbé. Tes chers enfants, les espoirs de notre patrie se plongent dans le gouffre sans fond de l’ignorance dès le berceau et ne voient ainsi jamais la lumière ni leur propre bien, ni le bien de la patrie, même à l’âge adulte. Je te redis donc de te réveiller et d’établir des écoles primaires.»

(Apáczai Csere János: Válogatott pedagógiai mûvei,
Tankönyvkiadó, Budapest, 1976., p. 184.)


Texte 4.

Apáczai, le penseur cartésien

      «Mais, Hongrois, vous, les plus malhereux des mortels! S’il est vrai que la philosophie est le cadeau et l’invention des dieux, ces derniers n’ont certainement aucune affection à notre égard, et font peu de cas de nous, puisque la philosophie est bannie de notre patrie. Si la philosophie est la mère de toutes les sciences, c’est donc que nous en sommes privés; si c’est la philosophie qui inculque aux humains la crainte de Dieu, la justice, la tempérance et la vaillance: ne nous étonnons pas que la Hongrie et la Transylvanie soient pleines d’impiété, d’intempérance et d’inconstance. Rien d’étonnant non plus si d’autres péchés, dont certains sont inconnus même chez les Garamantes, les Scythes et les Américains, sont monnaie courante chez nous. Car je voudrais bien savoir pourquoi il y a dans notre pays tant de familles impies, pourquoi tant de pères et mères de famille incultes, d’enfants indisciplinés et turbulents, de seigneurs perfides, batailleurs et cruels; de valets fourbes et déloyaux; dans l’Église, tant de prêtres-fantoches bedonnants, simoniaques, rapaces, vénaux, ignorant jusq’aux principes premiers du christianisme. Et pourquoi, dans les écoles, tant de simulacres d’étudiants vagabonds, sortes de larves d’érudits vides et sots, de renards d’écoles; dans les affaires publiques, tant de juges avides de pots-de-vin, d’avocats disciples de Balaam, de procès injustes, de violences, d’exactions, d’oppressions; parmi le peuple, tant de plaintes, de lamentations, de soupirs et de gémissements; et partout, tant de maisons, de propriétés et de villages mis à sac; tant de villes misérables, de rues sordides, de routes défoncées et, pour résumer en quelques mots ce que je veux exprimer: tant d’affaires communes mal gérées. Nous n’avons, nous autres Hongrois, aucune académie où soient enseignées et pratiquées à la fois l’éthique, frein des péchés; l’économie, conseillere des foyers; la médicine, gardienne de la santé; l’arithmétique, constructrice des villes, des rues, des églises, des palais et des clochers; enfin, la philosophie, racine de toutes les sciences et de tous les arts. Sans parler de la rhétorique, de l’histoire, de la logique, de la métaphysique, de la géographie, de l’astronomie, de l’optique, de la musique, toutes disciplines pouvant être désignées par le vocable philosophie; aussi personne ne doit-il penser s’être assimilé cette dernière science avant d’avoir acquis de considérables connaissances dans toutes les autres.

      Ainsi, privés d’un si grand nombre d’auxiliaires – pour ne rien dire du grand manque de livres et d’imprimeries – pourrons-nous attendre l’hereux progrès de nos affaires, la lumière éclatante de la science et de la connaissance? En effet, il serait plus facile de toucher du doigt les étolies, de soulever, avec Archimède, le monde, d’ôter la Lune du ciel, de réunir les flots de l’Océan dans un fossé minuscule, que de trouver une nation policée qui n’ait cultivé de façon soutenue et assidue les arts et les sciences. Car, mes chers Auditeurs, ce que sont les yeux pour le corps, l’académie ou l’université le sont pour un pays, et ce que la sagesse est pour l’homme, les hommes instruits le sont pour la patrie. Sans les yeux, le corps reste dans les ténèbres, sans l’intelligence, l’homme est un animal privé de raison. Aussi n’est-il pas injuste que les nations voisines nous considèrent comme étant, parmi les humains, le peuple le plus obscur, le plus inculte, ignorant et paresseux, voué depuis son âge tendre à l’état d’ignorance des bêtes. Des académies! Des académies! Ou, du moins, des hautes écoles pourront nous préserver de cette condition méprisable, et non le verbiage débile, non la vaine adoration de nous-mêmes, ni l’aveugle égoïsme flattant nos défauts. Nous périrons totalment, si nous ne nous ressaisissons pas à temps, car là où il n’y a pas de conduite, le peuple périt, comme le dit le sage du Livre des Prophètes.

      Développons cependant un peu plus clairement, de manière plus détaillée et cherchons à savoir si nous pouvons obturer la source, et les canaux qui la nourrissent de si grands maux? En m’efforçant de le faire avec une application et une insistance plus grandes que de coutume, je constate que la république des sciences est inondée de barbarie, accablée d’insuccès dans la promotion de l’enseignement et ce à partir de quatre sources très dangereuses, empoisonnées et viciées.

      Les canaux nourriciers de ces sources sont avant tout les élèves des écoles, et voyez comment: la plupart d’entre ceux qui en font partie (sauf exception) sembleraient destinés de par leur naissance non à cultiver les sciences et les arts libéraux, mais à porter le bât ou à tenir le manche de la charrue. Et comme autrement ils seraient voués à l’éternel servage ou à la misère sordide, afin d’échapper à ce malheur, ils cherchent refuge près de l’autel des écoles, prouvant clairement ainsi que ce n’est point en obéissant à une inclination désintéressée qu’ils ont choisi les études, mais par peur de la misère, et qu’ils ne sont devenus flûtistes qu’après s’être rendus compte qu’ils ne pourraient jamais devenir luthiers. Or, leur nombre étant si grand qu’ils encombrent tous les collèges, toutes les chaires et tous les bancs des écoles, les enfants de parents libres et nobles, dont les progrès dans les sciences seraient du plus grand intérêt pour l’État, sont presque tout à fait absents des écoles, n’ayant pu trouver ni salles d’études, ni gîtes à leur disposition. Et ce qui me remplit d’une douleur plus grande encore, c’est que les chaires des églises sont justement occupées par ces monstres à figure d’homme qui, se refusant de s’occuper sérieusement de leur ministère, pensent que seuls doivent étudier assidûment ceux qui, privés de prébendes, ne pourraient subsister autrement. Chacun peut juger ainsi de l’infamie, du mépris et de l’abomination du sceau desquels est frappé l’état sacerdotal.»

(Apáczai Csere János: De l’ extrême nécessité
des écoles et des causes de leur état lamentable chez les
Hongrois – Extraits. in Morceaux choisis de la littérature
hongroise des origines au milieu du XVIIIe sièecle.
Éd.: Tibor Klaniczay. Corvina, Budapest, 1981. pp 188-190.,
traduit par László Põdör et Anne-Marie de Backer)

Questions sur les textes 3 et 4:
  1. Quels problèmes de la culture transylvaine de l’époque Apáczai a-t-il relevés?
  2. Quels rapports a-t-il vus entre la question scolaire et les affaires communes?


Texte 5.

Apáczai, l’enseignant

      «Les tâches à accomplir de l’homme dans la vie sont le comportement correct et la vraie science concernant Dieu. Le comportement correct est celui par lequel la volonté de Dieu se réalise pour la gloire de Dieu, en y soumettant l’homme. Cette volonté de Dieu est publiée somme toute dans les dix commandements. Ceux-ci sont déclarés bons, parfaits et préférés par Dieu; bons car ils comprennent toute chose honnête; parfaits car l’homme ne doit rien chercher en plus pour diriger sa vie terrestre; préférés car si nous les observons nous serons récompensés gratuitement par la grâce divine. Le comportement comprend deux parties: l’intention de faire le bien et le fait de le réaliser. La bonne intention dépend du penchant de la volonté prête à bien agir. Elle exige quatre choses, notamment la droiture, l’intelligence, la force et la tempérence. La droiture de l’intention désigne le penchant au bien par lequel nous tâchons de donner à chacun ce qui lui est dû. L’intelligence est la qualité par laquelle nous mettons toute notre ingéniosité à découvrir les choses vraies et justes et les moyens d’y accéder. Cela exige deux choses: l’attention appliquée et le choix intelligent qui permet de mettre en avant les fonctions les plus importantes. La force est la persévérance à faire le bien grâce à par laquelle nous triomphons de toutes les difficultés qui peuvent suivre les bonnes actions. Elle comprend la confiance, la constance et la patience calme. Sous l’effet de la tempérance les désirs qui éloignent l’homme de la bonne action se calment et se maîtrisent. La bienveillance est prescrite et exercée par la droiture, dirigée et purifiée par l’intelligence, endurcie contre les nuisances, et rendue pure par la tempérance. Comme chaque qualité se manifeste dans une forme de bienveillance autant que dans une autre, pour la même raison certaines bonnes intentions se renvoient les unes aux autres. Les bonnes intentions s’entraident soit en s’additionnant, soit en soumettant les unes aux autres. Leur origine, leur but et leurs rapports les unissent. La soumission de l’une à l’autre se réalise en considerant l’autre soit comme un moyen, ou comme une cause créatrice de ce qui existe. La réalisation de la bonne intention dépend de l’intention de faire le bien.»

(Apáczai Csere János: Magyar Encyclopaedia,
Szépirodalmi Könyvkiadó, Budapest, 1959. pp. 327-328.)

Question:
  1. Quelles exigences éthiques Apáczai a-t-il émises envers ses prochains?


Texte 6.

La recherche du savoir; l’attitude des éleves

      «Tout d’abord, si tu n’es pas un sybarite, aspire au rang le plus haut. Ne pense pas au désir bas de ceux qui souhaitaient être seulement les ombres de Cicéron. Ne considère pas que cela te revienne que tu prennes ton origine dans une nation ancienne, noble, digne et dont on chante les louanges. Ne sera pas rassasié celui qui mange avec la bouche d’un autre. Remarque qu’il n’y a aucune différence entre ceux qui ne sont jamais nés et ceux qui ont quitté la vie n’ayant fait aucune chose digne que l’on s’en souvienne. Aime le travail. Évite la vie semée de fleurs et les paroles vides. Cherche bien les occasions dont tu peux profiter pour apprendre quelque chose ou pour enseigner quelque chose à autrui. Sois infatigable en écrivant. La lecture seule est peu utile, il faut passer plus de temps en s’exerçant. J’ose dire: plus souvent tu enseignes, plus tu seras savant... Quand tu étudies, fais bien attention aux paroles de l’instituteur; quand tu enseignes, ne suis pas les habitudes de ceux qui parlent comme si des tortues lentes sortaient de leurs bouches en se traînant et ne prononcent même pas dix mots en une heure, dont le but n’est autre que d’être considérés comme des savants par les incultes. Peuvent-ils espérer jamais conduire leurs élèves sur les hautes de la science? Il ne faut pas se mettre quelque chose que ce soit avec les yeux alourdis par le sommeil mais avec diligence, surtout pour enseigner. Vu le profit, le temps des études est pour ceux qui aiment la science comme la moisson pour le laboureur; qui pourrait approuver le retard quand il est temps de moissonner? Profitons de notre talent donnée par la nature. Nous consacrons à la science les heures que d’autres dépensent à faire la cour à leurs semblables en les flattant. L’homme vraiment sage trouve sa grandeur dans ses actes et non dans la fanfare d’un nouveau panache. Il veut être vraiment grand, et non pas être tenu pour grand. Même s’il est fatigant d’écrire et de réfléchir en lisant, ne nous relâchons pas dans notre zèle. Œuvrons tant que le sang circule dans nos veines; après la mort, nous disposons du repos. Surtout n’aimons pas la solitude. Conversons avec des hommes savants. Bon Dieu! À quelle grandeur pourrait s’élever dans les science celui qui passerait toutes les heures de la journée (en ne se reposant qu’un peu de temps parfois) en étudiant, enseignant ou écrivant. Si l’occasion s’en présente ou bien tu en es capable, sois plutôt instituteur qu’étudiant, car beaucoup vieillissent en s’occupant d’études qui ne sont pas capables d’enseigner quelque chose oralement ou par écrit aux autres. Si tu mets du soin à orner ton âme qui te distingue des animaux privés de raison, il est nécessaire que tu apprennes chaque science digne d’être étudiée pour son utilité et sa beauté. Ceux qui prennent un soin plus grand à leur corps qu’à leur âme trouvent beau que quelqu’un surpasse tous les autres dans une science, mais il est certainement plus beau que quelqu’un soit éminent dans toutes sortes de sciences.

      Une science facile peut être apprise par n’importe quelle marchande inculte, j’affirme que même pourrait apprendre une langue en autant d’années que certains hommes pitoyables passent à l’apprendre. Ceux-là (comme dit Fabius) ne se rendent pas compte de la grande force de la raison humaine: elle est si rapide et tournoie dans tous les azimuts qu’elle permet de ne pas s’ocupper d’une seule chose. En dehors de cela, je te conseille de ne pas rester longtemps dans la mêeme ville pour étudier. Ce passe-temps aurait pour fruits la torpeur et l’ignorance. Passer d’une haute école à une autre ne m’a jamais nui et à autrui non plus, je pense. Par contre, je me suis repenti bien réellement mais toujours tard d’avoir séjourné longtemps dans une ville. Ne baisse pas tes ailes si tes affaires ne se déroulent pas comme tu le veux; voyons, même les plus grandes choses ont une petite origine. Pratiquement chaque science a comme caractéristique de poser des difficultés aux élèves au début, mais le profit quien vient facilite l’étude. Que les petites difficultés ne nous éloignent donc pas d’elle. Les preux de la Grèce cherchaient jadis la laine d’or en se livrant aux vagues de la mer et à de grands périls, et comme ils avaient la prouesse pour chef, la fortune pour accompagnateur, le désir de la gloire pour leur immense instinct, ils l’ont trouvée et emportée, après avoir vaincu les tauraux affreux vomissant du feu, puis endormi et tué le dragon et contraint l’armée sortie des dents de celui-ci à tourner leurs armes contre elle-même et à s’entre-tuer. Les amazones se sont brûlé le sein droit pour que celui-ci n’entrave pas leur main dans la lutte. Certains affirment que Démocrite s’est privé de la vue (ce qu’on a du mal à croire) en prétendant que les yeux réduisent souvent l’acuité de la vision mentale. Ces exemples et bien d’autres de ce genre peuvent nous encourager. Nous devons donc nous efforcer de nous élever, réveillés par les actes éminents d’autrui, avec un zèle infatigable. Avoir une vie semée de fleurs, être veule et passer le temps de façon inutile en s’occupant de racontars seyant aux marchandes n’est pas digne de l’homme ambitieux. (...)

      L’esprit noble qui aspirant à la gloire n’a pas besoin de la faveur de la fortune, car, à vrai dire, celui qui porte une chaîne d’or au cou et décore les murs et le porche de sa maison des portraits de ses ancêtres élevés dans la n’est pas pourtant un grand homme. Par contre l’homme vraiment grand, c’est celui qui acquiert de la gloire pour lui-même et pour les siens en se distinguant par son attitude seyante et son éloquence. Peu se rendent compte du bonheur sûr et durable de ceux dont le souci principal est de se procurer une gloire impérissable. Les dons de la nature, comme un physique élégant, à l’image des villes et des pays changent, se dégradent, périssent; par contre les agréments de la bonté de l’âme et de la science acquis avec effort et peine se perpétuent. Nous ne devons pas avoir peur qu’ils ne deviennent la proie des armes, de l’incendie ni des larrons... Mais je finis. La durée de notre vie est courte. (Puisses-tu y penser, oh, jeunesse florissante et pleine d’espoirs!) Les heures se consomment avec célérité, les lendemains s’éteignent, les années peu nombreuses passent. Et en plus, le manger, le boire, les jeux, les vaines préoccupations et les maux nous arrachent la plus grande partie de la courte durée de notre vie, et (ce qui est plus terrible) l’impitoyable Lachèse tient ses ciseaux prêts à couper le fil de notre vie au moment où nous n’y pensons même goutte. Si nous ne nous efforçons pas de passer le temps de manière utile, nous trépassons sans gloire comme les bêtes.»

(Apáczai Csere János: Magyar Encyclopaedia,
Szépirodalmi Könyvkiadó, Budapest, 1959. pp. 52-54.)


      «Donne-toi un but que jamais personne n’a atteint. Etant écœuré de l’oisiveté, tu dois aimer le travail. Fuis tout ce qui peut nous rendre délicats. ... Prends soin de ta santé sans laquelle tu ne peux pas procéder à tes affaires. Tiens-toi plutôt debout qu’assis; cours au lieu de marcher; ne lâche jamais l’arme du savoir de ta main. Quand on travaille, la vertu fleurit. Il semble qu’aucune bonne chose ne soit acquise sans peine. Qui cupit, capit omnia. La racine de la science est amère, mais son fruit est délicieux.»

(Apáczai Csere János: Válogatott pedagógiai mûvei,
Tankönyvkiadó, Budapest, 1976., pp. 169-170.)


      «Voilà déjà, il faut voir si l’élève, avant de se donner à l’étude, aime la science, s’émerveille de sa beauté et s’il est assez fort pour bien supporter les difficultés incluses inhérentes à la science. Si tout cela se trouve en lui, il peut se mettre à bon droit à étudier et se donner un but pour bien progresser; et il doit éliminer les obstacles en utilisant les bons moyens. Le but doit être grand, car celui qui tend à peu de choses ne peut jamais devenir savant; il doit être seyant à l’état de l’élève et ferme, car si le but change, les moyens eux non plus ne peuvent être utiles. Les obstacles inhérents à la science sont au nombre de neuf: la souillure du péché, si beau que celui-ci soit, détruit la science; la malpropreté qui s’empare pratiquement de chaque élêve; la timidité, par laquelle l’élève se gêne pour poser les bonnes questions; l’infatuation et la satisfaction de son savoir, qui font que l’élève croit savoir même ce qu’il n’a jamais appris et veut le faire croire à d’autrui; les études faites en particulier, seul, bien que des esprits exceptionnels aient acquis un grand savoir ainsi; dépenser beaucoup de temps à des choses inutiles; s’accrocher à toutes les branches en restant entre deux chaises dans la poussière; étudier sans arrêt et sans ordre, ce qui dégrade fort l’esprit; le changement de l’instituteur, car ce que le premier à construit l’autre le détruit sur le champ. Le moyen pour s’exercer soi-même, c’est que l’élève doit à tout moment lire mais avec quelqu’un d’autre ou écouter les autres, ou écrire ou enseigner. Il doit se tenir aux principes suivants pour la lecture: rejeter les pensées oiseuses de son esprit; tâcher de lire plutôt de bons livres que beaucoup; lire un seul livre, le meilleur qui soit par rapport à chaque science, et s’y habituer de façon à y comparer tout ce qu’il lit après. S’il écoute les autres, il doit tâcher d’écouter ceux dont il sait qu’ils l’aiment et qui procèdent à l’enseignement suivant le bon ordre; il faut écouter les autres souvent et avec joie et non à la va-comme-je-te-pousse. Et ce que tu as lu et entendu, tu dois veiller à l’apprendre illico à d’autres si possible. Et si tu n’as personne à qui enseigner, réfléchis-y aussi longtemps que tu crois ne plus pouvoir l’oublier. L’écriture doit être belle et doit s’exercer fréquemment; belle afin d’être lue de bon cœur et exercée souvent parce que la lecture, l’écoute et l’enseignement et même l’interrogation ne sont rien d’autre qu’un rêve éphémère.»

(Apáczai Csere János: Magyar Encyclopaedia,
Szépirodalmi Könyvkiadó, Budapest, 1959. pp. 365-366.)

Questions:
  1. Qu’est-ce qu’ Apáczai trouvait important pour l’étude?
  2. En quoi consiste la grandeur de l’homme à son avis et comment peut-on l’atteindre?
  3. Quelles qualités et attitude doit manifester l’élève qui veut étudier?


Texte 7.

De l’instituteur

      «Il est souhaité de l’instituteur... qu’il vive une vie digne de son enseignement et qu’il donne un bon exemple louable, qu’il soit assez érudit, qu’il communique aux autres en bonne conscience et avec la crainte de Dieu ce qu’il sait, et qu’il aime ses élèves comme leurs pères les aiment. Qu’il les instruise clairement, brièvement et parfaitement. Qu’il les mentionne devant Dieu dans ses prières. Qu’il ne cherche pas à saisir les cadeaux, qu’il tâche plutôt de renouveler la morale et le langage de ses élèves. Et quant au mode d’enseignement, qu’il observe les méthodes suivantes: qu’il n’enseigne qu’une chose à un moment donné et qu’il la fasse exercer de façon à ne laisser en paix ses élèves que lorsqu’ils l’auront bien comprise; qu’il n’enseigne que les choses nécessaires pour éviter qu’en leur enseignant ce qui n’est pas nécessaire, ses élèves en arrivent à ignorer celles qui sont nécessaires; qu’il se serve de son intelligence envers ses élèves, en faisant sortir tout ennui de leur esprit; qu’il les interroge sur ce qu’il leur a déjà enseigné; qu’il les pousse au débat entre eux des choses déjà entendues; qu’il semonce les immoraux mais en appliquant le châtiment avec mesure. ... Qu’il donne aussi le temps de se reposer à ses éleves...; qu’il les informe en plus sur ce qu’ils devront encore étudier dans la vie.»

(Apáczai Csere János: Magyar Encyclopaedia,
Szépirodalmi Könyvkiadó, Budapest, 1959. pp. 365.)

Question:
  1. Quelles attentes a-t-il formulées envers les instituteurs?



Pécsi Tudományegyetem — BTK – Neveléstudományi Intézet – Nevelés- és Mûvelõdéstörténeti Tanszék
H-7622 Pécs, Ifjúság u. 6. — Tel: (72) 503-600 / 4366
© Dr. Kéri Katalin tanszékvezetõ egyetemi docens, 2004 ()